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Atout2 : se rencontrer autrement

Poèmes, poésies
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Th. Agrippa d' AUBIGNÉ (1552-1630)

Au tribunal d'amour, après mon dernier jour.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Au tribunal d'amour, après mon dernier jour,
Mon coeur sera porté diffamé de brûlures,
Il sera exposé, on verra ses blessures,
Pour connaître qui fit un si étrange tour,

A la face et aux yeux de la Céleste Cour
Où se prennent les mains innocentes ou pures ;
Il saignera sur toi, et complaignant d'injures
Il demandera justice au juge aveugle Amour :

Tu diras : C'est Vénus qui l'a fait par ses ruses,
Ou bien Amour, son fils : en vain telles excuses !
N'accuse point Vénus de ses mortels brandons,

Car tu les as fournis de mèches et flammèches,
Et pour les coups de trait qu'on donne aux Cupidons
Tes yeux en sont les arcs, et tes regards les flèches.

 
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Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change,
Le lait est basané auprès de ce beau teint,
Du cygne la blancheur auprès de vous s'éteint
Et celle du papier où est votre louange.

Le sucre est blanc, et lorsqu'en la bouche on le range
Le goût plait, comme fait le lustre qui le peint.
Plus blanc est l'arsenic, mais c'est un lustre feint,
Car c'est mort, c'est poison à celui qui le mange.

Votre blanc en plaisir teint ma rouge douleur,
Soyez douce du goût, comme belle en couleur,
Que mon espoir ne soit démenti par l'épreuve,

Votre blanc ne soit point d'aconite noirci,
Car ce sera ma mort, belle, si je vous trouve
Aussi blanche que neige, et froide tout ainsi.

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Complainte à sa dame. (Recueil : Stances)

Ne lisez pas ces vers, si mieux vous n'aimez lire
Les escrits de mon coeur, les feux de mon martyre :
Non, ne les lisez pas, mais regardez aux Cieux,
Voyez comme ils ont joint leurs larmes à mes larmes,
Oyez comme les vents pour moy levent les armes,
A ce sacré papier ne refusez vos yeux.

Boute-feux dont l'ardeur incessamment me tuë,
Plus n'est ma triste voix digne if estre entenduë :
Amours, venez crier de vos piteuses voix
Ô amours esperdus, causes de ma folie,
Ô enfans insensés, prodigues de ma vie,
Tordez vos petits bras, mordez vos petits doigts.

Vous accusez mon feu, vous en estes l'amorce,
Vous m'accusez d'effort, et je n'ay point de force,
Vous vous plaignez de moy, et de vous je me plains,
Vous accusez la main, et le coeur luy commande,
L'amour plus grand au coeur, et vous encor plus grande,
Commandez à l'amour, et au coeur et aux mains.

Mon peché fut la cause , et non pas l'entreprendre;
Vaincu, j'ay voulu vaincre, et pris j'ay voulu prendre.
Telle fut la fureur de Scevole Romain :
Il mit la main au feu qui faillit à l'ouvrage,
Brave en son desespoir, et plus brave en sa rage,
Brusloit bien plus son coeur qu'il ne brusloit sa main.

Mon coeur a trop voulu, ô superbe entreprise,
Ma bouche d'un baiser à la vostre s'est prise,
Ma main a bien osé toucher à vostre sein,
Qu'eust -il après laissé ce grand coeur d 'entreprendre,
Ma bouche vouloit l'ame à vostre bouche rendre,
Ma main sechoit mon coeur au lieu de vostre sein.

 

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Je brûle avec mon âme et mon sang rougissant .
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Je brûle avec mon âme et mon sang rougissant
Cent amoureux sonnets donnés pour mon martyre,
Si peu de mes langueurs qu'il m'est permis d'écrire
Soupirant un Hécate, et mon mal gémissant.

Pour ces justes raisons, j'ai observé les cent :
A moins de cent taureaux on ne fait cesser l'ire
De Diane en courroux, et Diane retire
Cent ans hors de l'enfer les corps sans monument.

Mais quoi ? puis-je connaître au creux de mes hosties,
A leurs boyaux fumants, à leurs rouges parties
Ou l'ire, ou la pitié de ma divinité ?

Ma vie est à sa vie, et mon âme à la sienne,
Mon coeur souffre en son coeur. La Tauroscytienne
Eût son désir de sang de mon sang contenté.

 

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Mille baisers perdus, mille et mille faveurs.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Mille baisers perdus, mille et mille faveurs,
Sont autant de bourreaux de ma triste pensée,
Rien ne la rend malade et ne l'a offensée
Que le sucre, le ris, le miel et les douceurs.

Mon coeur est donc contraire à tous les autres coeurs,
Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor' une chose passée,
Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs.

Rien n'est le destructeur de ma pauvre espérance
Que le passé présent, ô dure souvenance
Qui me fait de moi même ennemi devenir !

Vivez, amants heureux, d'une douce mémoire,
Faites ma douce mort, que tôt je puisse boire
En l'oubli dont j'ai soif, et non du souvenir.

 

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N'a doncques peu l'amour d'une mignarde rage.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

N'a doncques peu l'amour d'une mignarde rage,
D'un malheur bien heureux, d'un malheureux bonheur
Combattre votre ennui, et mêler la couleur
D'un oeillet, sur le lys de votre blanc visage !

C'est à cette blancheur, que l'amour fait hommage,
C'est l'honneur de vos yeux, c'est encor' l'autre honneur
Qui rit en votre front. Mais c'est plutôt malheur
Qu'un bonheur, car un bien ne peut faire dommage.

Diane, je sais bien, vous êtes de bon or,
Mais il est blêmissant, pour ce qu'il n'a encor'
Pris couleur aux chaleurs d'une ardente fournaise.

Ayez pitié de vous, et comme peu à peu
La flamme roussit l'or, l'amour soit votre feu
Et que je sois l'orfèvre, et l'hymen soit la braise.

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Nos désirs sont d'amour la dévorante braise.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Nos désirs sont d'amour la dévorante braise,
Sa boutique nos corps, ses flammes nos douleurs,
Ses tenailles nos yeux, et la trempe nos pleurs,
Nos soupirs ses soufflets, et nos sens sa fournaise.

De courroux, ses marteaux, il tourmente notre aise
Et sur la dureté, il rabat nos malheurs,
Elle lui sert d'enclume et d'étoffe nos coeurs
Qu'au feu trop violent, de nos pleurs il apaise,

Afin que l'apaisant et mouillant peu à peu
Il brûle d'avantage et rengrège son feu.
Mais l'abondance d'eau peut amortir la flamme.

Je tromperai l'enfant, car pensant m'embraser,
Tant de pleurs sortiront sur le feu qui m'enflamme
Qu'il noiera sa fournaise au lieu de l'arroser.

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Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux.
(Recueil : L'Hécatombe à Diane)

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
J'en serai laboureur, vous dame et gardienne.
Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.

Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine
Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.

Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
Soucis, oeillets et lys, sans épines les roses,
Ancolie et pensée, et pourrez y choisir

Fruits sucrés de durée, après des fleurs d'attente,
Et puis nous partirons à votre choix la rente :
A moi toute la peine, et à vous le plaisir.

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